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Franck Bouysse,

Éditions La manufacture de livres, sept. 2017

Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas.

Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Roman après roman, Franck Bouysse ne cesse de nous émerveiller par sa capacité à faire parler les taiseux. Son art de l’écriture n’est jamais aussi émouvant que lorsqu’il se fait l’interprète des paysages tourmentés de la ruralité et parvient à rendre beau ce qui est sombre.

Beaux et sombres, tels sont les personnages de Glaise qui en ces temps troublés de conflit mondial sont confrontés aux affres de la (sur)vie à l’arrière.

De cette terrible guerre vous n’en percevrez d’ailleurs que la lointaine rumeur tandis que le quotidien, implacable, bousculera les destinées des jeunes Joseph et Anna. La jalousie maladive de Valette, voisin mesquin et violent, les réquisitions militaires forcément injustes ou encore la dureté de l’hiver seront autant de tentatives d’étouffer leur amour naissant.

Roman de l’arrière-pays, roman de l’arrière-front, Glaise est avant tout le roman d’un auteur qui redonne ses lettres de noblesse à l’écriture naturaliste française.

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